1 sept. 2008

Béthune : pour la nouvelle majorité, l'ANRU gagne à être connu

Dans la boîte à malices laissée par Jacques Mellick, Stéphane Saint-André avait surtout tiré des attrapes : halle, parking, piscine... Mais il y avait aussi un paquet qui, une fois déballé, a ravi le maire : la rénovation urbaine du Mont-Liébaut, qui est entrée dans une phase clé.

Les gosses des autres, au vrai, on les déteste. Bruyants, collants, laids. Ou mellickiens. Durant la campagne, Stéphane Saint-André dégoisait sur cet enfant légitime de Jacques Mellick, la rénovation urbaine. Son acte de naissance remontait au 10 décembre, avec la signature de la convention ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine). Le candidat faisait alors les gros yeux devant ce morveux « mal préparé », nourri de « miettes » de financement. Aujourd'hui que le poupon a atterri dans ses bras, le maire s'attendrit. Il fait gouzi-gouzi au bébé de 73 millions d'euros, semi-batard devenu divin enfant. Dans les locaux ANRU du Mont-Liébaut, Stéphane Saint-André se rencogne sur son siège et s'abandonne à l'émerveillement. « C'est un beau projet ».
Il vaut mieux. On n'arrête pas un train lancé, surtout quand il a démarré au starter. Il s'agirait de ne pas effrayer le tour de table. Les grandes manoeuvres ont débuté (lire ci-dessous). Les enrobés sèchent sur l'avenue du Mont-Liébaut, dont le dessin préfigure la voirie future : deux axes enroulés de part et d'autre du square en germe sous le bitume de la chaussée. « Tout l'enjeu est de mieux identifier les espaces , détaille le chef de projet Julien Bourdon. Aujourd'hui, on ne distingue pas clairement les frontières entre espace piétons, vélos, voitures... » Le nouveau plan de circulation doit dissuader les automobilistes de faire du quartier un itinéraire bis, palliatif aux embouteillages de la Rotonde. Ce chantier de longue haleine forme la colonne vertébrale du projet ANRU, gros de 102 opérations d'ici 2012. Dont la majorité au Mont-Liébaut.

Là-bas, Saint-André marche sur des oeufs. La campagne électorale, dont le rush final s'est traduit par une avalanche de tracts socialistes, multicolores et apocalyptiques, a laissé des stigmates. Le nouveau maire s'attache à arracher fissa l'étiquette de démolisseur collée par d'aucuns. Le soir de son élection, il réclamait incontinent un rendez-vous au préfet pour causer ANRU. « Je l'ai rassuré, rapporte aujourd'hui Stéphane Saint-André.
Il n'est pas dans nos intentions de toucher au projet. » Honnête, il se livre même à un « mea culpa » sur certaines critiques passées. Tout en laissant une porte ouverte : « Si l'ANRU introduit des avenants à la convention, on en profitera pour apporter nos modifications. » Dans son viseur, « ces logements qui n'ont pas été concernés, telle la résidence Courbet, boulevard Churchill, « le bâtiment le plus dégradé de Béthune ».
Au vu des délais de la rénovation, pas sûr que les locataires de cette masure en fassent grief. L'ANRU met à bas 250 logements au Mont-Liébaut et en érige autant, ventilés dans la ville. Quand les appartements du Bois-Dérodé, première construction, auront des boîtes aux lettres, en 2009, il y aura près de quatre ans que la barre de la rue de Schwerte, première destruction, sera tombée. •

Source : SÉBASTIEN BERGÈS

Et le rail ?

Après la trame verte, le tram ouvert ? Le retour du rail entre Béthune et Bruay, avec traversée du Mont-Liébaut, a fait le bonheur de Mellick dans les derniers mois du mandat. Un projet dont l'ancien maire ne craignait pas d'annoncer l'avènement dans les cinq ans. Probablement un jetlag dû aux échéances municipales. « Quand on voit depuis combien de temps traîne le dossier de la gare, soupire un Saint-André tout aussi acquis au tram, il faut être sérieux, ça ne se fera pas avant 10 ans au moins. » Cinq ans après l'ANRU, faudra-t-il cassera-t-on des rues neuves au nom du cheval de fer ?

45 ans d'urbanisme nous contemplent

La ZUP de la Grande résidence n'en est pas à son premier lifting. Grandie au début des années 60 sur les champs au sud de la voie ferrée, la cité courbe l'échine, dans les années 70, sous le vent mauvais de la crise. Au chômage et à la dégradation de l'habitat s'ajoute l'enclavement d'un quartier dont l'avenue du Mont-Liébaut constitua, jusqu'à la percée orientale du pont Mendès-France, le seul accès. On est alors de la « ZUP », d'abord et avant tout. Quand on cingle vers le centre-ville, on « va à Béthune ». Le réflexe aura la vie dure. A son accession à la mairie, en 77, Jacques Mellick sonne le clairon de la reconquête. Le développement social des quartiers (DSQ), sorte d'ancêtre de l'ANRU, promu par le tandem Mitterrand-Mauroy, se concrétise dans les contrats de plan Etat-Régions 1984-1988. 170 quartiers y émargent pour toute la France. Parmi eux, le Mont-Liébaut. La rénovation s'étalera sur dix ans et refaçonnera profondément la ZUP. Stéphane Saint-André, beau joueur, tire son chapeau : « On n'a pas beaucoup de problèmes avec ce quartier. Il y a plus de délinquance rue de Lille, par exemple. Dans les années 80, ça a été un exemple de rénovation urbaine dans toute la France. » Sur l'ANRU, il nourrit un reproche : « Avoir détruit des tours sans trouver d'abord des solutions de relogement. Ça a favorisé les marchands de sommeil. » Du travail pour la prochaine vague de réhabilitation. Dans 20 ans ?