24 juin 2014

vessies et lanternes du centre ville pour tous et à la bellevilleuse

msie au  point -  le groupe appuii se vante du soutien de la coordination anti demolition - ce qui est faux - les membres du groupe appui ont tout fait pur tuer le collectif anti demolition avec la participation active d'agnes deboulet - chercheuse pilleuse, qui ne connait que ses interets personnels et  qui deploie comme des essaims ses étudiatns sur les quartiers pour  faire décoller sa carrière -  mohamed ragoubi a été le porte parole de la coordination qu'il n'a jamais vraiment aidé à construire trop occupé par son image et ses tribunes et son pipotage sur les quartiers-  la coordination natidemolition n'a jamais avalisé la construction du groupe appui comme elle n'a jamais été associée au picri et surtout sans jamais avoir coproduit le moindre texte ni la moindre action - la coordination n'a servi que d'objet pour monter le picri pour bouster la caarrière de deboulet et consort - mohamed Ragoubi est à titre personne dans le cabinet appuii - il n'a jamais consulté les quartiers ni demandé un quelconque aval vu qu'il était balladé en sautoir par les chercheurs dans les colloques ou il pouvait montrer sa gueule sans faire de l'ombre aux specialistes et sans leur demander de comptes sur leurs pratiques universitaires et surtout sans leur demander de co ompte sur les termes su picri ( budget donné par le conseil regional avec des partenaires bidons qui ne savaient même pas qu'ils étaient inscrit dans le dossier de subventio. bilan du picri sur la renovation urbaine initié par le laboratoire lavue et agnes deboulet -professeur de sociologie à paris VIII -    résultat pour les habitants impactés par les démolitions -  rien de rien -  bilan  nul à part un colloque, un livre et une action recherche qui n'a débouché sur rien et surtout les habitants ont été instrumentalisés par ces fameux experts - la coproduction n'a jamais existé - les experts et les profs ont tout piloté et les habitants comme toujours des objets d'étude -les habitants n'ont jamais participé à la rédaction de ce projet et c'est agnès deboulet qui a recupéré la manne financière pour ses propres besoins et de ses structures - les amicales n'ont jamais eu le moindre centime - le collectif antidemolition mis en avant pour se prevaloir de laconfiance des habitants n'a jamais été aidé par Madame Deboulet et dontles réunions n'ont servi à ces chercheurs pour avoir leurs coordonnées et les interroger pour leurs études-  et surtout la situation de ces quartiers n'a pas changé  - aux mureaux - la sociologue passait son temps à vouloir rencontrer les familles polygames pour son travail universitaire - les habitants perdaient ainsi leur temps à instruire ces architectes et les sociologues pour leurs recherches - depuis - madame deboulet a crée le groupe appuiii financé par la fondation de france et la fondation abbé pierre en pondant des projets d'aide comme la saloperie du picri sans les principaux intéressés alors qu'il s'agit juste pour des professionnels de se placer sur le marché de la rénovation urbaine proposant aux mairies d'organiser la concertation et les liens bien sur en évitant la conflictualité -  des negociateurs qui se présentent comme des experts objectifs et qui n'oublient pas de se payer bien sur - depuis, dès qu'un collectif d'habitants se crée et essaie de lutter - les membres d'appuii vont les voir pour proposer leurs services en mettant en avant le marocain de service Mohamed Ragoubi afin d'obtenir un marché quelconque sur la msisère des habitants - ils rédigent les chartes, les courriers face à l'adminsitration etc... ce sont des mdediateurs specialisés sur la renovation et comme il y a de l'argent - les bailleurs et les maires les choisissent - or seule la lutte et la résistance paie et bien souvent les habitants comprennent très vite les arcanes et c'est à eux de se doter d'outils pour leur défense et non laisser à des techocrates, des enseignants, des unviersitaires qui sont souvent otage des programmes financés pour leur études - ces gens là ne défendent jamais les intérets des plus faibles et bien souvent ils se montrent aux cotés des démolisseurs et des chasseurs de pauvres des villes périphériques -   ce picri a t-il inversé la politique de rénovation urbaine ? ce picri a t-il armé les habitants ? ce picri a-t-il permis la pérennité de la coordination anti démolition ou facilité la défense ou l'organisation des habitants - ce picri a-til ouvert  des perspectives ou permis d'outiller les habitants pour lutter contre les déguerpissement - cet argent a-t-il permis de laisser une structure d'aide d'habitants par les habitants  ah oui un cabinet  le groupe APPUII -qui ira proposer ses services en france et à l'international - donc le pricri a permis l’émergence d'un cabinet de consultants. - ce picri a -t-il inflluer ou influencer les politiques publiques ou la stratégie de l'anru - seul le rapport de force peut peser et malheureusement - les forces des bétonneurs, des banques, la volonté des élus d'imposer une mixité sociale qui laisse les plus fragiles sur le coté arrivent à nous imposer des politiques de logement social qui ne répond plus aux necessité et aux besoins des plus pauvres afin de nous vendre même dans les municipalités et surtout communistes l'accession à la propriété histoire de changer d'administrés et de laver plus blanc dans leurs villes. En ce moment, appuii  cherche à mettre le grapin sur le collectif des agnettes à  gennevilliers - histoire de pérenniser leurs subvention - il faut bien trouver des habitants à sauver ou à aider - Des associations qui luttent depuis des années pour l'egalité et contre les speculations n'ont jamais été aussi pauvres et sans moyens bien qu'elles oeuvrent quotidiennement et des  experts qui  sont capables de pondre des projets clés en main sans lien avec la réalité et sans pratique arrivent à convaincre des bailleurs de fonds - on voit bien que pour décrocher de l'argent, il suffit d'être conssensuel et avoir un bon chargé de mission capable de faire un budget prévisionnel et de maitriser l'écriture - ce qui était le cas pour l'AITEC  ( association de chercheurs qui ne sert à rien mais qui a la prétention de faire de l'expertise sociale pour les mouvements sociaux - aucun ancrage avec la réalité mais démarche qui permet ainsi de tisser des liens pour présenter les boites de consultants qui pullulent derrière ( act consultanss  etc... ) la solidarité internationale  menée tambour battant par des étudiants bac plus dix qui ne sont pas capables de s'insérer professionnellement et qui sillonnent les pays pour proposer leurs services - une nouvelle forme de colonisation par ces missionnaires armés de bonnes intentions et qui en récoltent seule les fruits -   tous ces gens qui ne sont là que pour commenter la réalité, analyser et qui voudraient être les maitres à penser des luttes  afin de la canaliser et en tirer surtout profit professionnellement dans une société ou la solidarité, lutte contre les exclusions sont devenus des marchés.

5 juin 2014

ANRU, dégage !

Tract diffusé dans le quartier des Agnettes à Gennevilliers (92)contre la restructuration urbaine et les projets de l’Agence nationalede rénovation urbaine (ANRU) qui visent à la destruction d’une partie du quartier, à la spéculation immobilière et à la fin des logements à loyers vraiment sociaux.

Nous habitants des Agnettes contestons la soi-disante « concertation »sur la restructuration capitaliste du quartier. Voici nos revendications simples, basées sur le terrain. La spécificité de notre quartier est d’avoir des espaces verts,d’être ouvert et de bénéficier de vrais logements sociaux solides avec des loyers vraiment sociaux.

Nous pensons en effet que l’Agence nationale de rénovation urbaine(ANRU) n’a pas à mettre son nez dans notre quartier. Financée par les fonds publics, elle favorise la spéculation.Nous ne voulons pas que cette agence nous réaménage parce que concrètement cela consisterait à :
Détruire toute la rue des Agnettes Démolir en partie la barre Victor-Hugo pour construire des routes
qui n’ont aucune utilité (alors que manquent les logements), Et édifier des barrières partout autour des petits bâtiments restants pour mettre les habitants en cage et rassurer les nouveaux propriétaires (et ils se moquent de nous en appelant ça « résidentialisation »). La spécificité de notre quartier est d’avoir des espaces verts, d’être ouvert et de bénéficier de vrais logements sociaux solides avec des loyers vraiment sociaux. L’ANRU n’a donc rien à y faire, ni pour détruire ni pour nous couper de nos voisins. Non à l’ANRU !

Nos revendications
Nous exigeons la réhabilitation des bâtiments de la rue des Agnettes sur les fonds municipaux, donc notre argent, parce que c’est une urgence !
 Nous exigeons l’arrêt du « harcèlement » que subissent nos voisins et amis de la rue de l’Association. En quelques mois, leurs conditions de vie sont devenues un enfer à cause de la destruction des bâtiments
autour d’eux. Nous dénonçons des méthodes d’intimidation. Ils ne partiront pas, ni eux ni personne !
  Nous demandons le développement des espaces verts et, pour toute nouvelle construction, des logements construits aux conditions du « PLAI » qui offrent le plus de garanties pour les classes populaires.

Se posent aussi la question de la nouvelle future post-station desAgnettes (oui, encore ! c’est le retour du retour), qui implique la destruction des logements du 1 au 9 et du 11 au 21 (dans notre cœur,
le « 11-21 ») de la rue des Agnettes. Pourquoi devrait-on détruire ces logements solides et en bon état pour
faire une deuxième station ? Nous exigeons le raccordement en sous-terrain et sans nuisance !

La question primordiale reste le maintien des habitants et l’accès àdes logements hors de la logique de profit notamment pour les plus modestes. Nous ne l’oublions pas !

La restructuration capitaliste de la ville n’apporte aucune solution à nos problèmes, nous le voyons clairement avec le nouvel écoquartier République-Brenu-Chandon : plus de 80 % des demandeurs sur notre ville
ne peuvent accéder qu’à un logement très social, et là où l’on pouvait en construire, il n’a été fait par la municipalité et les promoteursque de l’accession à la propriété et du logement intermédiaire («intermédiaire » ? traduction : des « HLM » pour les riches).

Nous contestons cette concertation car le débat est confisqué par un projet en kit imposé, fantasmé par des architectes mégalos qui ne vivent pas aux Agnettes, et soutenu par des élus incapables de nous
avouer l’absence d’utilité de « leur » projet !

Nous ne voulons pas de cette démocratie de vitrine, non merci ! Ne nous laissons pas faire !

ANRU, dégage !

1 juin 2014

Clichy-sous-Bois, «berceau des émeutes» : 670 millions d’euros dépensés mais toujours pas de «mixité sociale»…

En 2005 les plus graves émeutes dans l’histoire des banlieues françaises. Lancé il y a dix ans, un programme de «rénovation urbaine» a métamorphosé le quartier du plateau de Clichy-sous-Bois et Montfermeil (Seine-Saint-Denis). 670 millions d’euros ont permis de détruire 1.400 logements, d’en rénover 2.762 autres et d’en faire sortir de terre 1.209 neufs. Et de résoudre le casse-tête des immenses copropriétés dégradées et en faillite, dont il a fallu racheter les appartements un à un, pour les détruire ou les transformer en logements sociaux.
Pour le chercheur Renaud Epstein, Clichy-Montfermeil est même un bon exemple de «l’échec de la rénovation urbaine du point de vue de la mixité sociale »: « des petites maisons coquettes et de petits immeubles à la place des tours moches », cela ne suffit pas à «faire venir d’autres populations».
Mais malgré l’ouverture d’un commissariat, premier signe du retour de l’Etat, puis d’une agence Pôle emploi en février, la rénovation urbaine n’a pu gommer toutes les difficultés.
Le relogement visait « à apurer les difficultés financières » de personnes appauvries par des charges communes démesurées, rappelle la sociologue Sylvaine Le Garrec, qui travaille pour l’association des responsables de copropriété, mais certains « se retrouvent à nouveau avec des problèmes« . Leur appartement « a été racheté au moindre coût » par la puissance publique — 20.000 à 30.000 euros pour des 60 m2. Pas assez pour apurer leurs dettes.
Pour d’autres, la famille s’est agrandie, et la rénovation s’est traduite par un appartement plus vaste et plus cher. Certains encore ont été surpris par les compteurs d’eau individuels, qui peuvent faire flamber la facture.
Quant à la mixité sociale, elle tarde. « Pour les constructions nouvelles, on visait 60% de logements locatifs sociaux, notamment pour reloger les habitants du quartier » et 40% d’autres logements. Ce dernier objectif « n’est pas encore atteint et il mettra encore quelques années à être réalisé« , constate Thierry Asselin, directeur opérationnel à l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru).
« Certains ont gardé leurs mauvaises habitudes, jettent leur déchets par la fenêtre« , déplore Idriss Djocu, gardien d’immeuble, même s’il juge qu’il y a moins d’incivilités et surtout « une autre ambiance que dans les cités« .
Pour éviter de « retomber », les bailleurs sociaux font assaut de pédagogie, et une part de l’enveloppe de la rénovation – trop faible selon plusieurs acteurs – va à l’accompagnement social. Une partie de ces fonds expire fin 2014.
« On s’est occupé de l’urbain, pas de l’humain« , dénonce l’adjoint au maire de Clichy Medhi Bigaderne, de l’association ACLEFEU née avec les émeutes. « On a replacé les mêmes populations avec les mêmes difficultés dans ces logements« . […]
——- Complément : Jacques Marseille en 2009 sur la mixité sociale.
« La mixité sociale ? Ca ne marche absolument pas. La ghettoïsation de la société française est en marche : les gens se fuient mutuellement. Toute famille française qui veut un avenir pour ses enfants et qui veut un bon voisinage, elle se sauve ! Tous les gens des classes moyennes de Sarcelles et de Montfermeil, ils n’ont qu’une envie, c’est de se tirer. »

8 mars 2014

Renaud Epstein : "ce n’est pas avec des politiques territoriales que l’on peut réduire la pauvret


renaud epstein est très mesuré - le pouvoir politique n'a pas voulu toucher aux pouvoir des maires surtout avant les élections municipales -   circulez - ya rien à voir - pas de partage de pouvoir !!! on démolit vos logement mais vous devez subir et vous rejouir que l'on déconcentre et désenclave !!!


 Annoncé comme une « promesse d’égalité » par François Lamy, le ministre délégué à la ville a présenté à l’Assemblée son projet de loi « ville et cohésion sociale », largement adopté en première lecture. Une révolution ? Non, répond le sociologue et maître de conférence en sciences politiques, Renaud Epstein. Entretien.
Une réforme de la politique de la ville, une de plus. Qu’apporte-t-elle de nouveau ?
Il n’y a pas de grande nouveauté. La loi pour la ville et la cohésion urbaine réaffirme les grands principes de la politique de la ville qui avaient été un peu oubliés ces dernières années : articulation de l’urbain et du social, mobilisation des politiques de droit commun, participation des habitants… Le cœur de la réforme, c’est la redéfinition de la géographie prioritaire, c’est-à-dire de la liste des quartiers qui bénéficient de la politique de la ville. François Lamy [ministre délégué à la ville] a repris l’analyse de la Cour des comptes qui critiquait le saupoudrage des crédits sur un trop grand nombre de quartiers et appelait à leur concentration dans les quartiers les plus en difficulté.
Cette critique de l’extension de la géographie prioritaire est quasiment aussi ancienne de la politique de la ville. Depuis le milieu des années 1980, pratiquement tous les rapports portant sur cette politique ont appelé au resserrement de cette géographie. Cela n’a pas empêché l’inflation : on est passé de 40 à 148 quartiers entre le début et la fin des années 1980, puis à 751 en 1996, 1300 en 2000 et 2493 en 2006. Car un quartier qui sort de la géographie prioritaire, c’est une ville qui perd le bénéfice des crédits de la politique de la ville et donc un maire mécontent qui se mobilise. D’ailleurs, on peut remarquer que François Lamy avait annoncé il y a un an qu’il n’y aurait plus que 500 quartiers prioritaires, puis 1000 et au final on va plutôt se situer aux alentours de 1300.
Comment va s’opérer le choix ?
Le ministère a retenu un critère unique : la concentration de la pauvreté. Le territoire français a été divisé en petits carreaux de 200 mètres de côté, pour ne retenir que ceux dans lesquels plus de la moitié de la population a un revenu inférieur à 11 250 euros par an (soit 60 % du revenu fiscal médian). Mais la liste des quartiers prioritaires ne sera connue qu’après les élections municipales. D’ici là, il y aura des ajustements, pour préciser le découpage de ces quartiers et probablement aussi pour satisfaire quelques élus de poids.
Ce critère unique n’est-il pas réducteur ?
Effectivement, on ne peut pas résumer la pauvreté à un simple critère monétaire. Il y a aussi des dimensions sanitaires, culturelles, d’exclusion politique… Tout ceci ne peut être résumé par le seul revenu. Au-delà de ça, la question qui se pose est celle de la nature du problème que l’on veut traiter avec la politique de la ville. En ciblant les quartiers en fonction des revenus de leurs habitants, on assigne implicitement à la politique de la ville un objectif de réduction de la pauvreté. Mais ce n’est pas avec des politiques territoriales que l’on peut réduire la pauvreté. Cela relève plutôt des politiques redistributives, qu’elles soient sociales ou fiscales.
Et les critères ethniques ?
C’est le point aveugle de cette loi. Le critère de la concentration de la pauvreté permet de mettre dans un même sac les grands ensembles de Seine-Saint-Denis et les petits quartiers HLM de Guéret, Auch ou Joigny. Pourtant, les problèmes ne sont pas de même nature. Certes, il y a aussi de la souffrance sociale dans les quartiers de ces petites villes en déclin dont le tissu productif se casse la gueule, laissant les ouvriers sans perspectives. Mais ce n’est pas le problème d’un quartier, c’est celui de la ville dans son ensemble. C’est complètement différent en Île-de-France et dans les grandes agglomérations de province qui traversent la crise sans trop d’encombres. Les métropoles vont bien sur le plan économique, mais pour autant certains de leurs quartiers vont mal, ils ne bénéficient pas de la dynamique métropolitaine. Qu’est-ce qui fait que ces quartiers restent à l’écart ? Il me semble qu’un des facteurs déterminants est qu’il s’agit de quartiers de minorités, dont les habitants souffrent d’intenses discriminations ethnoraciales. Ce problème est malheureusement laissé de côté dans la loi.
Les médias ont interprété cette loi comme ciblant notamment les zones péri-urbaines où le FN a prospéré. Qu’en pensez-vous ?
L’argumentaire du FN a été mobilisé de manière un peu légère. Les cartes du vote FN et de la concentration de la pauvreté ne coïncident que très partiellement. En outre, l’entrée dans la politique de la ville d’une poignée de petites villes dans lesquelles le vote FN augmente ne doit pas masquer le fait que la géographie prioritaire demeure pour l’essentiel constituée de grands quartiers d’habitat social des périphéries des grandes villes. Et ce n’est pas là qu’on vote le plus massivement FN. C’était le cas dans les années 1980, mais ce n’est plus vrai aujourd’hui. Dans ces quartiers, la protestation politique ne passe plus par le vote FN, mais par une abstention massive et parfois par l’émeute.
Une critique souvent adressée aux plans de rénovation des prédécesseurs de François Lamy était qu’ils se concentraient trop sur le bâti et pas sur l’humain dans les quartiers. Qu’en est-il ?
Sur ce plan, il y a une vraie évolution. La réforme de la politique de la ville menée par Jean-Louis Borloo en 2003 avait organisé son rabattement sur un programme de démolition-reconstruction qui devait recréer de la mixité sociale dans les quartiers. Après 10 ans de rénovation urbaine, qui a mobilisé des moyens colossaux (une quarantaine de milliards d’euros), tout le monde se rend compte que la transformation urbaine ne peut à elle seule résoudre des problèmes sociaux. François Lamy a pris acte des limites de la rénovation urbaine et il en revient aux fondamentaux de la politique de la ville, à savoir une articulation entre interventions urbaines et sociales, ce qui me semble aller dans le bon sens.
Que propose-t-il de concret dans ce domaine ?
Concrètement, les opérations du nouveau programme de renouvellement urbain qui sera lancé en 2015 seront conçues et pilotées par les mêmes instances que celles qui s’occupent des actions sociales, éducatives, de prévention de la délinquance, etc. Le problème, c’est que la loi prévoit un budget de 5 milliards d’euros pour ce programme, mais ne dit pas où on va les trouver, alors qu’on a déjà le plus grand mal à réunir les crédits nécessaires pour boucler les opérations en cours. Depuis 2009, l’Etat a arrêté de financer l’ANRU [Agence nationale pour la rénovation urbaine]. Pour compenser ce désengagement financier, on a puisé dans les caisses des HLM, puis de la société du Grand Paris, et surtout du 1% logement. Mais ces bricolages financiers arrivent à leur limite. Il n’y a plus d’argent nulle part…
Autre aspect de la rénovation urbaine : la participation des habitants. Elle était au cœur du rapport de Mohamed Mechmache et Marie-Hélène Bacqué. Qu’en est-il dans la loi ?
Ca devait être la grande avancée de la loi. François Lamy avait d’autant plus fortement insisté sur cette dimension que ça lui permettait de donner une perspective politique à sa réforme. Dire qu’on ne va pas lancer de plan Marshall et que le nombre de quartiers va être réduit, ce n’est pas très mobilisateur ! Les mots d’ordre du « pouvoir d’agir » ou de la « co-construction » des projets avec les habitants permettaient d’afficher une inflexion nette par rapport à ce qui était fait depuis 10 ans. En plus, dans un contexte de crise budgétaire, la participation a une vertu incomparable : ça ne coute pratiquement pas un rond !
Mais est-ce que les habitants ont vraiment un pouvoir de décision avec cette loi ?
C’est bien le problème. Le rapport Mechmache-Bacqué s’organisait autour d’une trentaine de propositions très ambitieuses qui visaient à sortir d’un régime de participation contrôlée par les élus locaux, pour démocratiser la démocratie locale en faisant émerger des contre-pouvoirs dans les quartiers. Tout cela a été neutralisé dans le projet de loi. Déjà, le préalable posé dans ce rapport, à savoir le droit de vote des étrangers aux élections locales, qui figurait dans le programme de François Hollande, n’a pas même été évoqué pendant le débat parlementaire. La loi crée bien des conseils citoyens et des maisons du projet qui doivent permettre aux habitants de participer à l’élaboration des contrats de ville et des projets de rénovation urbaine, mais c’est très en deçà de ce qui pouvait être attendu.
La décision ne se fera pas sur la base du 50/50 ?
Non, c’était ce que proposait un amendement des députés d’Europe écologie les verts, mais il n’a pas été soutenu par le gouvernement et a donc été retiré. On se contente donc de conseils citoyens dont l’autonomie vis-à-vis des pouvoirs locaux n’est absolument pas garantie, et qui devront se contenter de faire des propositions sans aucune garantie que celles-ci seront reprises par les élus. Bref, on en reste à cette participation à la française dans laquelle les élus consultent, mais au final font ce qu’ils veulent.

7 mars 2014

Un nouvel avatar de la « politique de la ville »

Après les « zones de sécurité prioritaires », l'enfumage participatif
Qu’on se le dise : la « politique de la ville » va connaître un tournant. Ce n’est pas le premier. Depuis les fin des années 1970, elle en a connu d’autres, sous cette appellation ou non, avec les résultats que l’on sait. Mais celui-ci serait une fois de plus décisif si l’on en croit l’orchestration médiatique dont il bénéficie.
Pour saluer ce tournant, l’un des deux quotidiens du social-libéralisme en a fait sa une avec ce titre triomphaliste : « La banlieue passe à l’acte » (Libération, 9 janvier 2013). Certainement pas à l’attaque, effectivement, puisque c’est dans une nouvelle forme de pacification « soft » que les jeunes habitants des « cités » sont appelées à s’engager.
La date choisie par le journal d’Edmond Rothschild pour faire part à ses lecteurs de l’importance de l’événement n’était pas due au hasard. Le même jour, le ministre délégué à la Ville, François Lamy, se rendait à Bobigny pour une première « rencontre de concertation » avec les habitants des quartiers. Avec la « participation », la « concertation » est en effet l’un des maîtres mots résumant le nouveau cours de la « politique de la ville ». Ce qui, à première vue, pourrait surprendre tant ces slogans creux sont usés à force d’avoir accompagné le lancement des plans calamiteux qui se sont succédé depuis les années 1980 pour résoudre la « crise des banlieues ».
Qu’à cela ne tienne ! Il suffira de changer le sens des mots pour donner un tour novateur à ce qu’ils désignent. Pour ce faire, un « concept » importé d’outre-Atlantique est mis en avant, l’« empowerment ». Si l’on s’en tient à sa définition officielle – que les adeptes hexagonaux de la politique qu’il recouvre se sont contentés de traduire mais gardant le terme dans sa langue originelle (pour faire savant en même temps que paraître faire du neuf) –, il s’agirait de « donner du pouvoir » aux gens qui en sont dépourvus, à ces citadins de deuxième zone parqués dans les zones de relégation, pour en faire des acteurs à part entière, et non plus de simples figurants, dans la « réhabilitation » de leurs quartiers. Car, comme le soulignait finement l’un des plumitifs de "Libération" dans le même dossier, si le « bilan urbain de la rénovation urbaine est positif » – sans préciser pour qui –, le « bilan humain » laisserait beaucoup à désirer. « Les gens ont l’impression que ces politiques se menaient hors d’eux. Et parfois contre d’eux, déplorait ainsi un leader associatif assermenté. C’est terrible, parce que cela les a éloignés encore davantage de la politique. »
La conclusion, dès lors, va de soi : pour les rapprocher de « la politique » et, donc, en premier lieu, des politiciens du PS (qui comptent bien tirer les bénéfices électoraux de ce rapprochement par le biais du droit de vote accordé aux habitants d’origine étrangère), pourquoi ne pas les persuader de « s’impliquer » (autre maître mot de l’idéologie participationniste) dans la mise en œuvre de la « politique de la ville ». Étant entendu, bien que cela ne soit pas crié sur les toits des barres et des tours, qu’ils resteront plus que jamais tenus à l’écart de la définition les grandes lignes de cette politique, de même que de celles de l’aménagement urbain en général et, au-delà, de la politique économique qui, « rigueur » accrue aidant, ne fera que « défavoriser » davantage les « quartiers » qui le sont déjà.
Mais l’"empowerment" n’est pas tant un nouveau « concept » qu'un ensemble de recettes. Testées et théorisées par Saul Alinsky, sociologue et activiste étasunien, « radical » autoproclamé et reconnu comme tel par la Revue des livres (peu regardante, il est vrai, quant à l’usage inflationniste, dans ses colonnes notamment, de ce qualificatif), ces recettes furent mises en œuvre dans les quartiers pauvres des États-Unis au cours des années 1960, au moment même où la révolte grondait dans les ghettos [1]. Ce n’était évidemment pas un hasard. Le « community organizing », dont Salinsky fut le promoteur infatigable, ne visait pas à subvertir l’ordre capitaliste mais à neutraliser la révolte des ghettos noirs en la canalisant et la détournant dans une voie « positive », celle de la constitution des habitants en « communautés » dont les représentants seraient habilités à négocier quelques améliorations de leurs conditions d’existence en tant que citadins avec les autorités locales voire les entreprises, sans remettre en cause le système social dont ces conditions étaient le produit [2].
Il ne s’agissait donc aucunement de « prendre le pouvoir », comme en rêvaient à l’époque les leaders du Black Panther Party (emprisonnés les uns après les autres quand ils n’étaient pas assassinés par le FBI) mais de « dialoguer de manière conflictuelle » avec les pouvoirs en place, au besoin en mettant un peu la pression sur eux par quelques actions collectives extralégales – grèves des loyers, occupation de bureaux de fonctionnaires, sit-in, etc.
En fait, le "community organizing" a peu de choses à voir avec l’auto-détermination des fins et l’auto-organisation des moyens des couches dominées dans une perspective de lutte contre la domination et l’exploitation capitalistes. Il suppose l’existence d’« organisateurs », c’est-à-dire de spécialistes formés à l’« animation », puisés parmi les militants associatifs les plus dynamiques des quartiers populaires, mais aussi les plus « responsables » ; eux-mêmes cornaqués par des universitaires, issus eux aussi, si possible, du milieu à encadrer.
Or, c’est précisément là le rôle imparti en France, dans la « politique de la ville » new-look, à une élite diplômée ayant échappé à l’« échec scolaire », c’est-à-dire à de jeunes cadres prêts à encadrer, bénévolement, durant leurs loisirs, la jeunesse de leurs cités (qu’ils les aient quittées ou qu’ils y soient restés) en appliquant les préceptes de l’idéologie managériale en vigueur aussi bien dans les écoles de commerces ou d’ingénieurs qu’ils ont fréquentées que dans leurs milieux professionnels respectifs : « réussite », « coaching », « optimisation » et « efficacité ».
Bien entendu, ces « activistes » propres sur eux se disent « engagés ». Mais pas au sens que revêtait ce terme à l'époque de la « contestation » du système capitaliste. Au contraire, cet engagement vise plutôt à le renforcer sur le « front urbain » en incitant les jeunes gens des classes populaires à être partie prenante et agissante de la soi-disant « politique de la ville » reliftée sous le signe, pourtant bien défraîchi, de la « participation », auquel on ajoutera, pour faire bon poids, l’inévitable qualificatif de « citoyenne ». Autrement dit, il ne s’agit plus de militer contre l’ordre établi mais en sa faveur, en l’aidant à se rétablir sur de nouvelles bases, « démocratiques », comme l’avait noté le pape du situationnisme à propos de la reconversion conservatrice de l’intelligentsia de gauche dans les années 1970 [3]. En réalité, sous couvert d’inciter les habitants à « reprendre leur cité en mains », c’est à s’« associer » à une reprise en main par l’État qu’ils sont conviés.
Parallèlement à son lancement médiatique, cette stratégie est exposée sur le mode hagiographique qui sied dans plusieurs ouvrages rédigés par des chercheurs alignés, rompus à l’accompagnement « scientifique » des politiques étatiques concernant « la ville », réduite en fait aux zones urbaines dites « sensibles ». Ainsi retrouve-t-on quelques paladins de la sociologie sociale-libérale d’inspiration tourainienne, tel Didier Lapeyronnie, qui a troqué pour l’occasion son alter ego habituel, François Dubet, pour un autre clone tourainien, Michel Kokoreff [4]. Figure également dans cet aréopage de conseillers bien intentionnés à l’égard des « cités » et de leurs habitats, l’indispensable Jacques Donzelot, sociologue de son état et sociologue d’État, auteur d’un rapport pour le think tank « socialiste » Terra Nova, Quartiers populaires : mettre les gens en mouvement, dont l’intitulé devrait se passer de commentaires [5]. On ne saurait oublier, dans la liste, la sociologue Marie-Hélène Bacqué, grande prêtresse de la « démocratie participative » et conseillère de Ségolène Royale lors de sa résistible ascension présidentielle, qui s’est surpassée pour intituler son nouvel opus" L’Empowerment, une pratique d’émancipation" [6].
Une émancipation assez paradoxale puisque l’« initiative venue du bas pour remontrer vers le haut », selon la définition canonique de l’empowerment, est en réalité impulsée d'en haut, c’est-à-dire par l’État, depuis le ministère de la Ville jusqu’aux municipalités ; avec le concours, dans les bureaux, de sociologues, géographes ou politologues à gages, et sur le terrain, des « organisateurs ». Symbole de cet émancipation par le haut, c’est à Marie-Hélène Bacqué et au leader associatif assermenté déjà mentionné que le ministre de la Ville a confié une « mission d’étude » dont les conclusions devraient servir de base à la mise en route du « volet concertation » de la « politique de la ville ». « Refaire la cité », comme le promet le tandem Lapeyronnie-Kokoreff ? Ce sont plutôt leurs habitants qui risquent d’être, une fois de plus, « refaits » !
Inutile, pourtant, de s’étonner ou de s’indigner. Tout ce petit monde est parfaitement dans son rôle. À des titres divers, en effet, ils appartiennent à ce qu’un sociologue dissident appelle la « classe de l’encadrement [7]» ; ou, pour rester dans la filiation marxienne, à la « petite bourgeoisie intellectuelle [8]». Conformément à la fonction de cette classe dans la division capitaliste du travail, les tâches de « médiation » auxquelles elle est préposée pour faire le lien entre celles de direction, réservées, par définition, à la classe dirigeante, et celles d’exécution, qui échoient aux classes populaires, correspondent  à sa quadruple fonction : conception, organisation, contrôle et inculcation. « Mission accomplie », pourront donc dire les idéologues et les activistes néo-petits bourgeois de cette « politique de la ville » une fois de plus revue et corrigée. À condition, toutefois, que ses effets soient conformes à son impact normalisateur escompté.

Notes
[1] Daniel Zamora et Nic Görtz, « Être radical. Réflexions made in USA pour radicaux pragmatiques », La Revue des livres, mai-juin 2012, n° 5
[2] Objet (ou sujet) d’une thèse élogieuse de l’étudiante Hillary Rodham (avant de s’appeler Clinton), Alinsky était considéré comme un modèle à suivre par Barak Obama quand il jouait les « éducateurs » parmi les siens avant de devenir politicien.
[3] Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle [1988], Gallimard, 1992.
[4] Didier Lapeyronnie et Michel Kokoreff, Refaire la cité, Seuil, coll. « La République des idées », 2013.
[5] Jacques Donzelot, Quartiers populaires : mettre les gens en mouvement, Terra Nova, Contribution n° 27, 2012.  Par ailleurs expert en « sécurité urbaine » qui doit « être l’affaire de tous », comme il se plaît à le répéter, Donzelot a eu la haute main sur le financement des cogitations de ses confrères via les appels d’offres en direction des chercheurs émanant du PUCA (Plan urbanisme, construction, architecture) dont il présidait le conseil scientifique.
[6] Marie-Hélène Bacqué, L’Empowerment, une pratique d’émancipation, La Découverte, 2013.
[7] Alain Bihr, Entre bourgeoisie et prolétariat : l'encadrement capitaliste, L'Harmattan, 1989.
[8] Lire Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, La Deuxième Droite [1986], Agone, à paraître en avril 2013 ; aussi Alain Accardo, Le Petit Bourgeois gentilhomme, Agone, 2009.
source : jean pierre Garnier  

26 oct. 2013

rapport lamy sur le patrimoine et la mémoires des quartier



je vous invite à le lire attentivement. Les habitants dans les quartiers en rénovation urbaine attendent-ils ce genre de politique ou attendent-ils d'être mieux logés et au même prix et du travail pour eux et leurs enfants?

CP-Histoires, patrimoine et mémoires dans les territoires de la politique de la ville.pdf
Rapport - Histoires, patrimoine et mémoires dans les territoires de la politique de la ville.pdf

8 juil. 2013

Chez les habitants d’Ivry, futurs expropriés de la rénovation urbaine


La mairie communiste d’Ivry veut exproprier près de 400 familles. Beaucoup d’habitants s’accrochent aux lieux où ils ont investi temps et argent.  En montant l’escalier qui mène à son appartement, Hélène suggère de ne pas prêter attention à l’état des murs un peu décrépis, ni au tapis. « Ça se dégrade lentement, on ne fait plus de travaux depuis juillet 2011. » A cette date, elle a reçu « l’enquête parcellaire », la lettre qui la prévient de son inéluctable expropriation. Sans échéance précise. Cette mère de famille divorcée, intérimaire, sait juste qu’un jour – sans doute dans deux ou trois ans –, elle devra quitter son appartement de 51 m2. Ce qu’elle préfère, c’est sa terrasse immense de 40 m2, qui domine un carrefour très passant du quartier d’Ivry-Port, ancien quartier industriel d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) :  « Quand ma fille était petite, on faisait des fêtes avec vingt gamins ici, c’était génial. Aujourd’hui, je n’ai même plus envie de mettre des plantes. »La terrasse sert désormais à entreposer des meubles, même si quelques pots de fleurs ont survécu. De là, au sommet de l’immeuble de trois étages, la vue plonge, à droite, sur la cité Maurice Thorez. Tout en briques rouges, construite dans les années 50, la grande barre constitue un repère et une fierté dans cette ville accessible en métro depuis Paris, acquise au Parti communiste depuis 1925. A gauche, Hélène a déjà vu son quartier changer : des lofts d’architectes ont été construits. Elle aura terminé de payer le crédit de son appartement, acheté avec son ex-mari, en 2014. Mais son immeuble se trouve sur le trajet de l’un des plus importants projets urbains d’Ile-de-France : Ivry Confluences.  Il sera démoli. A la place doivent s’élever des logements neufs et des bureaux.  400 familles concernéesLes histoires d’expropriation ne sont jamais faciles. Ceux qui doivent partir s’accrochent aux lieux où ils ont investi du temps, de l’argent et surtout des souvenirs. Ils ont le sentiment de devoir abandonner une partie de leur vie, chassés par un rouleau-compresseur de décisions prises par-dessus leur tête, alors qu’ils n’aspiraient qu’à rester chez eux. Et trouvent que le prix proposé pour ça ressemble à du mépris. Déracinés, ils seront pris en pitié par les plus compatissants, traités d’égoïstes par les plus sévères.En face, les promoteurs du projet – élus, aménageurs, promoteurs immobiliers et habitants satisfaits – défendent la nécessité collective de passer à autre chose. Ils avancent que tout se fait dans les règles, avec respect, pour le bien commun. Les deux parties ne se comprennent pas.  A l’heure où l’expression « grands projets inutiles » gagne du terrain, Ivry-sur-Seine semble un bon point d’observation de ces résistances quotidiennes. La ville cristallise des débats transposables un peu partout .Les grands projets se font-ils avec, ou contre, les habitants des lieux en plein bouleversement ?   Pourquoi les élus n’y voient pas la même chose que certains citoyens ? L’attractivité de la petite couronne parisienne, moins densément peuplée que la capitale, risque-t-elle de dénaturer l’habitat et l’équilibre de ceux qui y vivent ? Quelle vie peut s’installer dans des quartiers créés de toutes pièces en quelques années ? Les couches populaires sont-elles vouées à être chassées de plus en plus loin du centre, à cause d’une gentrification implacable ? Pour rendre compte de ces tensions, nous avons écouté des habitants d’Ivry qui se coalisent contre ce programme de rénovation urbaine. C’est un parti pris, celui d’écouter ce qu’ils ont à dire. Une révolte commune les a rassemblés, alors qu’ils se croisaient sans se voir dans la même ville. Quelques petits propriétaires, commerçants, squatteurs et associatifs travaillent ensemble et apprennent à se connaître. Tous déplorent L’incertitude sur leur situation, le manque de concertation véritable et d’accompagnement,  l’augmentation du prix de l’immobilier et son impact sur les couches populaires.  Au total, les logements de 400 familles sont menacés sur le territoire ivryen, au nom d’un projet déclaré d’utilité publique en 2011.Dans le quartier d’Ivry-Port, en juin 2013 « L’impression de vivre à Bouygues-Ville »Ismail, prof de piano d’origine turque, la quarantaine à boucle d’oreilles, passe une grande partie de son temps libre à courir les rues une carte à la main. Il n’a pas le permis et à Ivry, les distances sont longues : chaque place ou carrefour opère une attraction sur les rues environnantes, crée des mini-quartiers socialement très mixtes.D’apparence, la ville ressemble au quartier parisien de Bercy-Bibliothèque, dont elle est le prolongement, en plus calme. Les voies de chemin de fer et la Seine passent d’un côté et de l’autre du périph’. Entre les magasins et les immeubles d’habitations, des grues surmontent des terrains vagues, aux bâtiments déjà démolis. Quelques constructions neuves, assez froides faute d’usure, sont déjà sorties de terre. La ville connaît un grand bouleversement en gruyère.L’appartement d’Ismail devait y passer. Finalement non, a-t-il appris. Mais il se méfie toujours. Le projet, qui compte plusieurs phases, a déjà pris de l’ampleur depuis son lancement (20 hectares de plus qu’en 2004). Les futurs expropriés ne sont pas tous avertis au même moment. Et le tracé précis de la zone concernée évolue. Ismail essaie quand même de recenser les maisons touchées, à partir des maquettes du projet et des délibérations du conseil municipal. Comme ses nouveaux camarades du collectif Ivry-sans-toi(t), il fait du porte-à-porte, note sur des feuilles volantes le nom des habitants, tente de faire le point sur l’avancement des travaux. « Beaucoup d’habitants ne sont pas au courant », explique-t-il avec un débit rapide. S’il a entrepris de se plonger dans les documents officiels, c’est qu’il juge la situation urgente :« Partout on voit des affiches, des chantiers, des points de vente. Nous avons l’impression de vivre à “Bouygues-Ville”. » L’image de petits propriétaires obligés de vendre pour que de gros promoteurs construisent contribue à l’image négative du projet, pour Ismail comme pour les autres membres du collectif Ivry sans toi(t) qui fédère les opposants.
Romain Marchand, maire-adjoint à l’urbanisme, ne voit pas les choses de la même façon. Pour lui : « La gentrification de nos quartiers, en petite couronne parisienne, se déroule tous les jours sous nos yeux. En menant un projet public d’aménagement, on se donne toutes les cartes en main pour parvenir à maintenir les classes populaires à Ivry. » 
Les interprétations du projet diffèrent radicalement. « Des mots-clés qui plaisent à tout le monde » 
Au fil de la visite, Ismail pointe du doigt des rues entières, appelées à disparaître. « Ça c’est dans le projet, jusqu’au coin. » « Ici, le côté droit de la rue. » « Tout ça, sauf le dernier bâtiment, qui fait partie du patrimoine. » Les maisons de ville à détruire, collées les unes aux autres, ont pour point commun d’être assez basses, deux ou trois étages. Construites pour durer. Certaines semblent un peu abîmées, la plupart tiennent le coup.La colère d’Ismail tient surtout aux éventuelles conséquences du projet sur les milieux populaires : « Dans les réunions, la mairie et l’aménageur présentent Ivry Confluences comme un truc génial, grâce à quelques mots-clés qui plaisent à tout le monde : “rues piétonnes”, “logements sociaux”, “parcs”, “haute qualité environnementale” (HQE). »
Mais pour lui, c’est de la poudre aux yeux. Il estime que le nombre de logements sociaux est insuffisant, que les nouveaux bureaux sont inutiles (voir l’autre article) et que le reste sert à convaincre en surface. ll montre du doigt un terrain vague, appelé à devenir un collège « HQE ». Il explique qu’avant, c’étaient des jardins ouvriers. « Raser des potagers pour faire du “HQE”, ils doivent bien savoir que ça ne fonctionne pas. » Romain Marchand le contredit : « ce terrain n’est pas celui d’anciens jardins ouvriers, mais de l’usine Philips (anciennement Compagnie des lampes, qui a fermé en 2008 après une activité de près de 120 ans ». 
« Ça me fait mal au cœur » 
Un petit convoi se suit à pied dans la rue. Ismail, un ami à lui qui conduit la voiture d’un endroit à l’autre, Audrey la photographe de Rue89, et moi. S’y joint Antoine Tiehi, un vieux monsieur africain que tout le monde connaît. Il hésite à retourner devant l’ancien local de son association. « Ça me fait mal au cœur », explique-t-il, mais il accepte. Le grand hangar de 3 500 m2 d’Un autre monde, désormais vide, doit être transformé en studios de cinéma. C’était prévu, précise Romain Marchand.   « M. Tiéhi occupait le local de la rue Jean-Jacques Rousseau de façon temporaire, ce dont il était convenu avec lui depuis le début, dans l’attente du projet de Halle Ô Films qui doit s’y implanter. » Antoine Tiehi devant le local d’Un autre monde. Le local servait à distribuer de la nourriture, « un peu comme les Restos du cœur », et à collecter des produits électroniques pour les recycler « un peu comme Emmaüs ».Désormais, Antoine fait « de la livraison à domicile », en camion. La tournée, éparpillée, ne permet plus aux bénéficiaires de se retrouver au même endroit. En face du local, une femme blonde d’une quarantaine d’années sort de chez elle. Elle reconnaît l’associatif et le salue, l’air inquiète et blasée    « Vous savez ce qui va se passer ici ? Nous on est une copropriété et on ne sait rien. Ivry-Confluences c’est bien joli, mais on aimerait bien savoir ce qui se passe dans le quartier. » Pour savoir ce qui se passe, il faut se rendre aux réunions publiques sur le projet. Les opposants y sont assidus, comme Jamal, informaticien à lunettes d’une trentaine d’années. Sa maison individuelle avec un beau jardin se trouve sur la maquette : « La mairie s’attaque à des gens qui voient la mairie comme la loi. La plupart n’ont pas les armes pour se défendre. On dirait que tant que le quartier est nul, on a le droit d’y habiter. Et que quand ce sera bien, on devra partir. »
Avant de se mobiliser contre Ivry Confluences, Jamal, arrivé à Ivry depuis 1997, « ne connaissait personne ». Le magazine de la ville « allait directement à la poubelle ». Il n’était « pas au courant des réunions de concertation ». Puis, par le bouche à oreille, il s’est mis à s’y intéresser. « Dans une ville de droite, les habitants diraient stop. Mais ici, les gens ont du mal à se dire qu’une mairie communiste peut faire quelque chose d’injuste.  L’allusion politique revient souvent dans la bouche des opposants. Ils parlent, en vrac, d’esthétique « mégalo-stalinienne » et des contradictions de la mairie, qui a fait du mal-logement son cheval de bataille.
L’adjoint à l’urbanisme pense pourtant que le collectif et la mairie « peuvent se comprendre sur un certain nombre de valeurs » : « Vous dites que ce sont des “opposants”, mais à mon sens, même s’ils sont critiques, ils ne remettent pas en cause le projet. Ce n’est pas un dialogue de sourds, les discussions présentent beaucoup d’intérêt. Je leur répète toujours : “Si vous avez une meilleure manière de faire, dites-le nous.” C’est un projet en mouvement, on peut faire évoluer des choses.
D’après Ismail, la concertation n’est pas aisée /  « Dès qu’on conteste lors des réunions publiques, les élus répondent en trois temps :   “Je suis étonné du ton sur lequel vous parlez” ;   puis : “Vous êtes de mauvaise foi” ;  et enfin : “Vous êtes des gens de droite, des spéculateurs, vous êtes contre la mixité, vous êtes pour Sarkozy.”  « On ne peut pas aller contre l’évolution »Alain Lamotte, boulanger, travaille en tablier blanc juste à côté de l’ancienne usine SKF, fermée en 1985 après 30 mois de conflit social. 
Il est arrivé cinq ans avant la fermeture et n’a jamais fait beaucoup de chiffre :   « Il n’y a pas beaucoup d’habitations dans le coin, on travaille surtout le midi avec les gens qui bossent par ici. Je me suis mis à faire des pizzas, à changer les produits pour que les gens qui passent en voiture de Paris s’arrêtent. » Alain Lamotte devant sa boulangerie : Sur sa vitrine, Alain a collé un dépliant du collectif Ivry-sans-toi(t) : « Le cauchemar de la démolition ». Son immeuble doit tomber. Il a reçu le même courrier qu’Hélène Ferrer, en juillet 2011. Depuis, rien de concret. « Je ne peux pas vendre, je dois me rapprocher de la mairie. On se rencontre mais il n’en sort rien. Ma boulangerie est préemptée. Oralement, on me propose 3 375 euros du mètre carré et peut-être un commerce dans les nouveaux bâtiments. On ne peut pas aller contre l’évolution, mais dans quelles conditions ? Je ne veux pas être lésé, ni financièrement ni moralement. Est-ce que je devrai remettre de l’argent ? Est-ce que je serai indemnisé dans l’intervalle ? Le gros problème, c’est le doute. Tout est oral, j’aimerais qu’on me signe un papier. »
Un boui-boui redécoré
Sabrina, jeune et souriante gérante de l’Hôtel du figuier, a « d’abord pris les choses à la légère ». Avant de s’asseoir à la table noire laquée, elle passe un coup de chiffon humide dessus – déformation professionnelle. La salle de l’hôtel ressemble à un catalogue Habitat, murs taupe, miroirs argentés, meubles design pas trop chers. Elle a rénové les lieux récemment. L’hôtel appartenait à ses parents et accueille des touristes qui veulent séjourner près de Paris /  Sabrina, la gérante de l’hôtel du Figuier : « En allant faire un prêt, la banquière m’a dit que j’allais être expropriée. C’était en 2007 ou 2008. Je n’ai rien reçu depuis. J’ai pu faire des travaux, refaire tout le décor, transformer un boui-boui en hôtel super propre, sans problème. Mais l’immeuble pourrait faire partie de la phase 3 du projet, dans quelques années. L’urbaniste m’a dit que c’était discutable, que c’était trop tôt pour savoir. S’ils comptent me déloger, je veux une équivalence. « On entend que telle personne a vendu à 3 000 euros le mètre carré, en-dessous du prix du marché. Ma voisine, avec ce qu’ils lui proposent, ne pourra pas racheter un F3. »
« De ce passé-là, on veut faire table rase »
Au cœur du quartier en transition, un hôtel particulier accueille désormais « la banque des confluences », espace où les riverains peuvent aller voir la maquette du projet et demander des informations. L’objectif est de les convaincre. La banque des confluences, à IvryCe ne sera pas chose aisée avec Nabil. Son deux-pièces acheté en 1998 doit laisser place à une tour de quinze étages surmontant une promenade piétonne le long du quai de Seine. Il dénonce « la concertation de façade » sur un ton ironique : « Nos immeubles datent de plus d’un siècle. Ils sont en bon état. Des gens y habitent depuis plus de 40 ans. Nous n’avons rien contre l’arrivée de nouvelles personnes, mais pas à notre détriment. C’était un quartier populaire, ouvrier, immigré, et de ce passé-là on veut faire table rase pour construire des tours de quinze étages au nom de la “densification”. Il faudra peut-être attendre 40 ou 50 ans avant qu’une âme ne se crée dans ces nouveaux quartiers. Selon Nabil, la lutte a permis de « recréer un lien social » entre les habitants. Y compris avec des personnes d’autres communes en proche banlieue, prises dans les mêmes problématiques.
Romain Marchand, là encore, affirme son désaccord :« Nous avons souhaité un accompagnement très fort des services municipaux. C’est l’engagement que j’ai toujours donné pour que les projets de relogement aboutissent. »
Un journal militant : Contre l’expropriation, les propriétaires peuvent saisir un juge. Mais cela coûte cher, « 4 000 ou 5 000 euros » d’après Majeda, qui comptait revivre dans son F4 près de la boulangerie d’Alain. Elle doit prendre rendez-vous pour en faire estimer le prix :  « Je m’inquiète surtout pour ceux qui ne sont pas accompagnés : les illettrés, les personnes âgées. S’ils ne se plaignent pas, ils se feront laminer. On ne connaît pas toutes les lois, la mairie et la Sadev ont des juristes avec eux. 
 Mais en se regroupant, les informations vont circuler. Nous demanderons tous la même chose. » Faire circuler les informations, c’est aussi la démarche qui anime d’anciens squatteurs installés à Ivry, en lien avec le collectif Ivry sans toi(t). Impliqués dans les mouvements « contre la rénovation urbaine et la gentrification », ils ont sorti, ce week-end, le numéro 1 du journal Charivary sur « les dessous d’Ivry Confluences ». Dans l’édito, ils présentent leur démarche de « contre-information » :  « Nous ne défendons pas un statu quo idéalisé et fantasmé. Nous ne sommes pas opposés, par principe ou par romantisme, à toute forme de changement. Mais nous revendiquons une autre vision de la ville, non pas comme un lieu de rentabilité où chaque mètre carré doit être exploité pour en tirer un rendement maximal, mais comme un lieu de vie, de liberté et de solidarité, qu’il s’agit de recréer par la réappropriation populaire. 
Au fil de la visite, on croise encore d’autres personnages de cette histoire commune :Une autre Hélène, qui a racheté une menuiserie en ruine en 2008, transformé en atelier d’artiste ou elle vit et travaille. La route doit s’élargir et passer sur sa maison ; monsieur Chakroune, retraité, furieux de devoir quitter sa maison (il a déjà été exproprié en 1968). Ancien militant communiste, il râle contre la mairie actuelle et se souvient avec nostalgie de Jacques Duclos ;  un coursier du journal Le Monde, en visite à la boulangerie d’Alain. Lui aussi devra partir, mais de toute façon, il avait envie « de se barrer d’ici ».
source : 
((Camille Polloni/Rue89)  Audrey Cerdan/Rue89)

Un nouvel avatar de la « politique de la ville »



Après les « zones de sécurité prioritaires », l'enfumage participatif

Qu’on se le dise : la « politique de la ville » va connaître un tournant. Ce n’est pas le premier. Depuis les fin des années 1970, elle en a connu d’autres, sous cette appellation ou non, avec les résultats que l’on sait. Mais celui-ci serait une fois de plus décisif si l’on en croit l’orchestration médiatique dont il bénéficie.

Pour saluer ce tournant, l’un des deux quotidiens du social-libéralisme en a fait sa une avec ce titre triomphaliste : « La banlieue passe à l’acte » (Libération, 9 janvier 2013). Certainement pas à l’attaque, effectivement, puisque c’est dans une nouvelle forme de pacification « soft » que les jeunes habitants des « cités » sont appelées à s’engager.
La date choisie par le journal d’Edmond Rothschild pour faire part à ses lecteurs de l’importance de l’événement n’était pas due au hasard. Le même jour, le ministre délégué à la Ville, François Lamy, se rendait à Bobigny pour une première « rencontre de concertation » avec les habitants des quartiers. Avec la « participation », la « concertation » est en effet l’un des maîtres mots résumant le nouveau cours de la « politique de la ville ». Ce qui, à première vue, pourrait surprendre tant ces slogans creux sont usés à force d’avoir accompagné le lancement des plans calamiteux qui se sont succédé depuis les années 1980 pour résoudre la « crise des banlieues ».
Qu’à cela ne tienne ! Il suffira de changer le sens des mots pour donner un tour novateur à ce qu’ils désignent. Pour ce faire, un « concept » importé d’outre-Atlantique est mis en avant, l’« empowerment ». Si l’on s’en tient à sa définition officielle – que les adeptes hexagonaux de la politique qu’il recouvre se sont contentés de traduire mais gardant le terme dans sa langue originelle (pour faire savant en même temps que paraître faire du neuf) –, il s’agirait de « donner du pouvoir » aux gens qui en sont dépourvus, à ces citadins de deuxième zone parqués dans les zones de relégation, pour en faire des acteurs à part entière, et non plus de simples figurants, dans la « réhabilitation » de leurs quartiers. Car, comme le soulignait finement l’un des plumitifs de "Libération" dans le même dossier, si le « bilan urbain de la rénovation urbaine est positif » – sans préciser pour qui –, le « bilan humain » laisserait beaucoup à désirer. « Les gens ont l’impression que ces politiques se menaient hors d’eux. Et parfois contre d’eux, déplorait ainsi un leader associatif assermenté. C’est terrible, parce que cela les a éloignés encore davantage de la politique. »
La conclusion, dès lors, va de soi : pour les rapprocher de « la politique » et, donc, en premier lieu, des politiciens du PS (qui comptent bien tirer les bénéfices électoraux de ce rapprochement par le biais du droit de vote accordé aux habitants d’origine étrangère), pourquoi ne pas les persuader de « s’impliquer » (autre maître mot de l’idéologie participationniste) dans la mise en œuvre de la « politique de la ville ». Étant entendu, bien que cela ne soit pas crié sur les toits des barres et des tours, qu’ils resteront plus que jamais tenus à l’écart de la définition les grandes lignes de cette politique, de même que de celles de l’aménagement urbain en général et, au-delà, de la politique économique qui, « rigueur » accrue aidant, ne fera que « défavoriser » davantage les « quartiers » qui le sont déjà.
Mais l’"empowerment" n’est pas tant un nouveau « concept » qu'un ensemble de recettes. Testées et théorisées par Saul Alinsky, sociologue et activiste étasunien, « radical » autoproclamé et reconnu comme tel par la Revue des livres (peu regardante, il est vrai, quant à l’usage inflationniste, dans ses colonnes notamment, de ce qualificatif), ces recettes furent mises en œuvre dans les quartiers pauvres des États-Unis au cours des années 1960, au moment même où la révolte grondait dans les ghettos [1]. Ce n’était évidemment pas un hasard. Le « community organizing », dont Salinsky fut le promoteur infatigable, ne visait pas à subvertir l’ordre capitaliste mais à neutraliser la révolte des ghettos noirs en la canalisant et la détournant dans une voie « positive », celle de la constitution des habitants en « communautés » dont les représentants seraient habilités à négocier quelques améliorations de leurs conditions d’existence en tant que citadins avec les autorités locales voire les entreprises, sans remettre en cause le système social dont ces conditions étaient le produit [2].
Il ne s’agissait donc aucunement de « prendre le pouvoir », comme en rêvaient à l’époque les leaders du Black Panther Party (emprisonnés les uns après les autres quand ils n’étaient pas assassinés par le FBI) mais de « dialoguer de manière conflictuelle » avec les pouvoirs en place, au besoin en mettant un peu la pression sur eux par quelques actions collectives extralégales – grèves des loyers, occupation de bureaux de fonctionnaires, sit-in, etc.
En fait, le "community organizing" a peu de choses à voir avec l’auto-détermination des fins et l’auto-organisation des moyens des couches dominées dans une perspective de lutte contre la domination et l’exploitation capitalistes. Il suppose l’existence d’« organisateurs », c’est-à-dire de spécialistes formés à l’« animation », puisés parmi les militants associatifs les plus dynamiques des quartiers populaires, mais aussi les plus « responsables » ; eux-mêmes cornaqués par des universitaires, issus eux aussi, si possible, du milieu à encadrer.
Or, c’est précisément là le rôle imparti en France, dans la « politique de la ville » new-look, à une élite diplômée ayant échappé à l’« échec scolaire », c’est-à-dire à de jeunes cadres prêts à encadrer, bénévolement, durant leurs loisirs, la jeunesse de leurs cités (qu’ils les aient quittées ou qu’ils y soient restés) en appliquant les préceptes de l’idéologie managériale en vigueur aussi bien dans les écoles de commerces ou d’ingénieurs qu’ils ont fréquentées que dans leurs milieux professionnels respectifs : « réussite », « coaching », « optimisation » et « efficacité ».
Bien entendu, ces « activistes » propres sur eux se disent « engagés ». Mais pas au sens que revêtait ce terme à l'époque de la « contestation » du système capitaliste. Au contraire, cet engagement vise plutôt à le renforcer sur le « front urbain » en incitant les jeunes gens des classes populaires à être partie prenante et agissante de la soi-disant « politique de la ville » reliftée sous le signe, pourtant bien défraîchi, de la « participation », auquel on ajoutera, pour faire bon poids, l’inévitable qualificatif de « citoyenne ». Autrement dit, il ne s’agit plus de militer contre l’ordre établi mais en sa faveur, en l’aidant à se rétablir sur de nouvelles bases, « démocratiques », comme l’avait noté le pape du situationnisme à propos de la reconversion conservatrice de l’intelligentsia de gauche dans les années 1970 [3]. En réalité, sous couvert d’inciter les habitants à « reprendre leur cité en mains », c’est à s’« associer » à une reprise en main par l’État qu’ils sont conviés.
Parallèlement à son lancement médiatique, cette stratégie est exposée sur le mode hagiographique qui sied dans plusieurs ouvrages rédigés par des chercheurs alignés, rompus à l’accompagnement « scientifique » des politiques étatiques concernant « la ville », réduite en fait aux zones urbaines dites « sensibles ». Ainsi retrouve-t-on quelques paladins de la sociologie sociale-libérale d’inspiration tourainienne, tel Didier Lapeyronnie, qui a troqué pour l’occasion son alter ego habituel, François Dubet, pour un autre clone tourainien, Michel Kokoreff [4]. Figure également dans cet aréopage de conseillers bien intentionnés à l’égard des « cités » et de leurs habitats, l’indispensable Jacques Donzelot, sociologue de son état et sociologue d’État, auteur d’un rapport pour le think tank « socialiste » Terra Nova, Quartiers populaires : mettre les gens en mouvement, dont l’intitulé devrait se passer de commentaires [5]. On ne saurait oublier, dans la liste, la sociologue Marie-Hélène Bacqué, grande prêtresse de la « démocratie participative » et conseillère de Ségolène Royale lors de sa résistible ascension présidentielle, qui s’est surpassée pour intituler son nouvel opus" L’Empowerment, une pratique d’émancipation" [6].
Une émancipation assez paradoxale puisque l’« initiative venue du bas pour remontrer vers le haut », selon la définition canonique de l’empowerment, est en réalité impulsée d'en haut, c’est-à-dire par l’État, depuis le ministère de la Ville jusqu’aux municipalités ; avec le concours, dans les bureaux, de sociologues, géographes ou politologues à gages, et sur le terrain, des « organisateurs ». Symbole de cet émancipation par le haut, c’est à Marie-Hélène Bacqué et au leader associatif assermenté déjà mentionné que le ministre de la Ville a confié une « mission d’étude » dont les conclusions devraient servir de base à la mise en route du « volet concertation » de la « politique de la ville ». « Refaire la cité », comme le promet le tandem Lapeyronnie-Kokoreff ? Ce sont plutôt leurs habitants qui risquent d’être, une fois de plus, « refaits » !
Inutile, pourtant, de s’étonner ou de s’indigner. Tout ce petit monde est parfaitement dans son rôle. À des titres divers, en effet, ils appartiennent à ce qu’un sociologue dissident appelle la « classe de l’encadrement [7]» ; ou, pour rester dans la filiation marxienne, à la « petite bourgeoisie intellectuelle [8]». Conformément à la fonction de cette classe dans la division capitaliste du travail, les tâches de « médiation » auxquelles elle est préposée pour faire le lien entre celles de direction, réservées, par définition, à la classe dirigeante, et celles d’exécution, qui échoient aux classes populaires, correspondent  à sa quadruple fonction : conception, organisation, contrôle et inculcation. « Mission accomplie », pourront donc dire les idéologues et les activistes néo-petits bourgeois de cette « politique de la ville » une fois de plus revue et corrigée. À condition, toutefois, que ses effets soient conformes à son impact normalisateur escompté.

Notes

[1] Daniel Zamora et Nic Görtz, « Être radical. Réflexions made in USA pour radicaux pragmatiques », La Revue des livres, mai-juin 2012, n° 5
[2] Objet (ou sujet) d’une thèse élogieuse de l’étudiante Hillary Rodham (avant de s’appeler Clinton), Alinsky était considéré comme un modèle à suivre par Barak Obama quand il jouait les « éducateurs » parmi les siens avant de devenir politicien.
[3] Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle [1988], Gallimard, 1992.
[4] Didier Lapeyronnie et Michel Kokoreff, Refaire la cité, Seuil, coll. « La République des idées », 2013.
[5] Jacques Donzelot, Quartiers populaires : mettre les gens en mouvement, Terra Nova, Contribution n° 27, 2012.  Par ailleurs expert en « sécurité urbaine » qui doit « être l’affaire de tous », comme il se plaît à le répéter, Donzelot a eu la haute main sur le financement des cogitations de ses confrères via les appels d’offres en direction des chercheurs émanant du PUCA (Plan urbanisme, construction, architecture) dont il présidait le conseil scientifique.
[6] Marie-Hélène Bacqué, L’Empowerment, une pratique d’émancipation, La Découverte, 2013.
[7] Alain Bihr, Entre bourgeoisie et prolétariat : l'encadrement capitaliste, L'Harmattan, 1989.
[8] Lire Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, La Deuxième Droite [1986], Agone, à paraître en avril 2013 ; aussi Alain Accardo, Le Petit Bourgeois gentilhomme, Agone, 2009.
source : jean pierre Garnier