Qui sommes nous ?
La Coordination anti-démolition des quartiers populaires est née à la suite d’une prise de conscience des habitants de La Coudraie (à Poissy) pour défendre leurs habitations, leurs environnements, et leurs histoires. Elle a été créee à l'initiative du collectif de La Coudraie et du collectif de Gennevilliers
Dans nombre de villes sous prétexte de renouvellement urbain et autre rénovation urbaine, l’État, les Mairies et les organismes d’HLM veulent démolir des milliers de logements. Si nous ne sommes pas contre la rénovation de nos villes et nos quartiers, ces démolitions apparaissent le plus souvent comme un gaspillage humain, économique et social.

Pour nous contacter
antidemolition@gmail.com
Notre manifeste en .doc
PAS DE DÉMOLITION AVANT D’EN FINIR AVEC LA PÉNURIE DE LOGEMENTS !

22 mai 2008

Mobilisation pour le logement : la ministre dévoile son projet

Mobilisation pour le logement : la ministre dévoile son projet
Une présentation devant le CNH qui laisse un peu sur sa faim...
mardi 20 mai 2008, par Guy Lemée

On apprend qu’il est prévu de relancer la construction dans les zones tendues - Ile de France par exemple - en favorisant la densification et la maîtrise foncière mais aussi en rendant plus opérationnels les PLH ; on imagine que les groupes de travail ont été entendus (attendons de voir les textes des projets pour pouvoir les analyser puis les commenter). Une vraie annonce : les dispositifs d’aide à l’investisement locatif ne seront pas supprimés mais "ré-orientés" (c’est bien le moins auquel il fallait s’attendre).

Une confirmation : le secteur HLM doit se réformer (encore...) et après le conventionnement global, la question de la péréquation entre organismes est semble-t-il tranchée par le projet de loi (il s’agira probablement de regroupements opérationnels afin d’être plus efficace et moins concurrents sur un territoire donné). Une ponction financière est même annoncée sur certains trésors (réels ou supposés chez certains HLM qui se seraient endormis... sur leur tas d’or ?).

Rien de bien neuf pour la poursuite du message présidentiel concernant "une France de propriétaire" : on confirme (à nouveau) des dispositifs qui conduiront certainement à augmenter l’étalement urbain pourtant (à juste titre pour l’essentiel) quasi unanimement pourfendu !

On n’apprend toujours rien de bien concret ou précis au sujet de l’annonce de la réforme de la gouvernance du 1% logement (sujet "chaud" à l’heure des luttes intestines au sein du patronat...) : la ministre est restée d’une discrétion remarquable !

La discrétion n’empêche pas d’être optimiste, au moins sur le calendrier : il est annoncé un dépot devant le Parlement pour le début de l’été (rappel : cette année l’été débute avant fin juin !)

Affaire à suivre (de près !) ...

source : http://www.cawa.fr/mobilisation-pour-le-logement-la-ministre-devoile-son-projet-article001920.html

sur le même sujet : Le projet de loi "mobilisation pour le logement" se précise par locatis.info

A Roubaix, dix jours à grignoter une tour

A Roubaix, dix jours à grignoter une tour
par S.M.

URBANISME - Elle s'appelle la tour C, quatorze étages, pas si grande que cela, et comptait 86 logements. Aujourd'hui, elle est grignotée, d'en haut, par une immense mâchoire métallique, celle d'une grue au bras long de 49 mètres. Il faudra dix jours pour en venir à bout. La première à être détruite aux Trois-Ponts, à Roubaix, dans le cadre de l'ANRU, cette immense campagne de rénovation urbaine. Ici, les grands ensembles datent des années 70, et en ont les défauts : des rues qui tournicotent pour ne finalement mener nulle part, des tours dans lesquelles on ne veut plus louer. Au total, 30% du quartier va être détruit, soit 786 logements sur 1 780.

«Cela nous fait drôle», soupire un groupe d'anciennes locataires. «C'était un très bon voisinage, dans cette tour, allez viens boire le café à la maison, ça, c'est sûr qu'on babelait. On parlait de tout et de rien, mais jamais de mal sur les uns et les autres, ça jamais, j'vous jure.» L'une des anciennes voisines prend à témoin la vieille dame à côté d'elle : «ça fait un an qu'on est séparé, on habite pourtant à 100 mètres, ça fait un an qu'on s'est pas vu !» Là, elles se sont rassemblées pour regarder leur tour tomber.

Pas d'implosion spectaculaire, à cause de la proximité des autres immeubles, mais une chute par petits bouts, après le désamiantage et le désossement de la tour. Elle n'est plus qu'une carcasse, succession de petites cases, où il n'y a plus que le papier peint pour deviner ce qui était une chambre d'enfant aux nuages bleus, un salon aux vieillotes guirlandes fleuries. «C'est bien de la détruite, si c'est pour un but», tranche Dalila, 38 ans, qui a toujours vécu aux Trois-Ponts. «Je veux que ça change, mon quartier. Là, il fait trop banlieue, trop ghetto. Ils nous ont emmené tous les services sur place, du coup on reste enfermé aux Trois-Ponts, on ne sort plus du quartier.» A la place de la tour C, rien n'est encore prévu : c'est pour l'instant juste une réserve foncière. Mais rien que de détruire l'immeuble, et de laisser une vacance, c'est une brèche qui entrouve le quartier, du côté de l'avenue Brame. Une respiration, dans un non-stop de béton. C'est d'ailleurs la volonté des urbanistes : ici, on ne reconstruira pas les logements détruits.

source : http://www.libelille.fr/saberan/2008/05/dix-jours-grign.html

Sarcelles : lancement de la concertation sur le quartier Sablons

Sarcelles : lancement de la concertation sur le quartier Sablons
14/05/2008

Dans le cadre de la convention signée en juillet 2007 entre l’Agence Nationale de renouvellement urbain (ANRU) et la ville de Sarcelles, l’EPA Plaine de France est chargé de préparer un projet d’aménagement et de renouvellement urbain pour le quartier des Sablons, dans la partie Sud – Est du Grand Ensemble, en limite communale avec la ville de Stains.

A l’issue de plusieurs réunions publiques d’information organisées au cours de l’année 2007, L’EPA Plaine de France a défini les orientations d’aménagement et de restructuration urbaine envisagées sur ce quartier à partir du schéma de renouvellement urbain présenté dans la convention ANRU.

Ce projet comporte, sur une durée de 5 ans, des travaux de démolition – reconstruction, de réhabilitation des logements sociaux, propriété de OSICA (ex SCIC habitat Ile de France), une réorganisation des rues et de la circulation, des travaux d’aménagement des espaces verts et la construction de logements (logements sociaux, logements en accession, locatifs libres Foncière Logement).

Ce projet entre dans une phase de concertation. Réunion ce mercredi 14 mai au réfectoire de l’Ecole H. Dunant, avenue Paul Cézanne à Sarcelles

La consultation du dossier est également possible sur le site : www.plainedefrance.fr/concertation
Ce site permet également d’apporter ses remarques sur le projet.

source : http://www.vonews.fr/article_3272

L'interminable lifting de la rive droite

L'interminable lifting de la rive droite
par Marion Guillot
20 Minutes, éditions du 20/05/2008

Près de 600 millions d'euros de travaux, 2 500 démolitions et 5 500 reconstructions programmées... Initié début 2001 et soutenu par l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) depuis 2003, le Grand projet des villes (GPV) de la rive droite devait mettre quatre ans à voir le jour. « Mais les mutations urbaines nécessitent beaucoup plus de temps », reconnaît-on au sein du groupement d'intérêt public (GIP), qui organisait hier une visite des cinq sites concernés à Bassens, Lormont (Génicart et Carriet), Cenon et Floirac. Sept ans après le lancement des opérations, aucune n'est encore achevée. A Lormont-Génicart par exemple, où six tours sur treize doivent être démolies, soit mille logements au total pour un budget de 278 millions d'euros, seuls les espaces publics ont été modifiés pour le moment. « Les délais sont plus importants lorsque le projet est d'envergure », justifie Etienne Parin, directeur du GPV. A Bassens, où les opérations sont beaucoup plus limitées (200 logements démolis et reconstruits), « le projet est terminé à près de 90 % », note-t-il. Egalement bien avancé, le quartier de Lormont-Carriet totalise 375 démolitions reconstructions et 77 millions d'euros d'investissements. Cerise sur le gâteau : le tram arrive le 31 mai.

source : http://www.20minutes.fr/article/231778/Bordeaux-L-interminable-lifting-de-la-rive-droite.php

Mieux comprendre les enjeux de la rénovation urbaine

Mieux comprendre les enjeux de la rénovation urbaine

Encadrée depuis sa création en 2005 par l'Institut de formation de la maîtrise d'ouvrage de la ville (IFMO), l'Ecole de la rénovation urbaine (ERU) organise une conférence-débat, le lundi 26 mai à Aubervilliers, sur "les enjeux des mutations urbaines et sociales dans les territoires en rénovation urbaine", autour du cas de La Plaine-Saint-Denis.
Plusieurs intervenants - deux élus, Jack Ralite, maire d'Aubervilliers de 1984 à 2003, et Patrick Braouezec, président de l'agglomération Plaine Commune, et un architecte, Christian Devillers - auront pour mission de raconter "l'ambitieux projet de requalification urbaine et de développement économique de la Plaine-Saint-Denis", promet l'ERU.
Deux autres, Alain Bertho et Toni Négri, "apporteront leurs regards d'anthropologue et de philosophe sur ce qui fait de ce territoire à la fois un lieu emblématique du passage de la ville indutrielle à la ville moderne et sa singularité".
Avec d'une part l'ERU, destinée à former les professionnels à la conduite de projet en rénovation urbaine, et d'autre part l'Ecole de la gestion urbaine des quartiers (EGUQ) - créée en 2008 pour offrir "une analyse du fonctionnement du quartier [qui] vise à l'adéquation des projets aux problématiques de terrain" -, l'IFMO dispose de deux outils lui permettant d'atteindre son objectif : "construire une culture urbaine commune à tous les professionnels" engagés dans ce chantier.
Ses sessions de formation comme ses conférences s'adressent ainsi plus particulièrement, pêle-mêle, aux "cadres des collectivités, des organismes de logement social et des services de l'Etat, aux techniciens des SEM [syndicats d'économie mixte] et des établissements publics, des agences d'urbanisme et des bureaux d'études, aux travailleurs sociaux et acteurs associatifs".
"L'expérience accumulée depuis plus de 25 ans, de Grande-Synthe à Marseille et de Strasbourg au Mirail, forme un socle imposant, dans lequel les acteurs d'aujourd'hui puisent procédures et techniques de montage", vante en effet l'IFMO, fondé en 1983 à l'initiative de l'Union sociale de l'habitat (USH) et de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), avec le soutien du ministère du Logement.
L'institut est actuellement toujours porté par les principaux acteurs du secteur, parmi lesquels l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU).

IFMO - ERU - EGUQ
Bâtiment 270
45, avenue Victor-Hugo
93534 Aubervilliers cedex
Tél. : 01 75 62 00 00
Fax : 01 48 34 62 92

Le programme des formations et des conférences de l'IFMO est disponible sur son site www.ifmo-ville.com.

source : http://www.ash.tm.fr/front/infos.php?id=16519

Le CIV devrait avoir lieu le 16 juin

Le CIV devrait avoir lieu le 16 juin
par C.V
publié le 20 mai 2008

Le 20 mai, la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, a consacré une partie de son agenda aux associations d'élus. En fin de matinée, elle a ainsi rencontré une délégation de la FMVM (Fédération des maires des villes moyennes) menée par son président Bruno Bourg-Broc afin d'évoquer la réforme des zonages de la politique de la ville. Ce fut l'occasion d'annoncer que le Comité interministériel de la ville promis se tiendra le 16 juin : il aura pour objectif de "bleuir" les programmes triennaux des ministères pour la mobilisation sur les quartiers en difficulté.

Fadela Amara a rappelé les réformes pour 2009 : une nouvelle dotation de solidarité urbaine (projet de loi de finances pour 2009), une révision des CUCS (contrats urbains de cohésion sociale) désormais recentrés sur les collectivités et les zones urbaines les plus en difficulté, et la réduction des zones urbaines sensibles (ZUS) concentrées sur l'Ile-de-France. Le zonage datant de 1999 ne prend pas suffisamment en compte les problèmes croissants d'un certain nombre de villes.

Le 22 janvier dernier, Fadela Amara avait précisé que le plan "Espoir banlieues" serait concentré sur une centaine de quartiers "les plus difficiles" (voir article de Localtis : "Faire du tandem préfet-maire le pivot d'une nouvelle gouvernance", 22 janvier 2008). Il semblerait que pour chaque dispositif, la liste des communes concernées sera spécifique : 350 représentants de l'Etat dans les quartiers, 200 programmes ANRU...

Si le fond de la réforme de la DSU n'a pas été précisé, il semblerait que près de la moitié des communes actuellement éligibles pourrait sortir du dispositif. Pour la FMVM, le secrétariat d'Etat de la politique de la ville a l'intention d'aborder de manière plus large la péréquation en révisant les critères d'autres mécanismes financiers comme la dotation nationale de péréquation. Conclusion de la FMVM : "Quels que soient les résultats des réformes, on sait qu'on va souffrir". En fin d'après-midi, Fadela Amara recevait Michel Destot, député-maire de Grenoble, président de l'Association des maires des grandes villes de France (AMGVF), accompagné d'une délégation. Cette rencontre fut suivie d'une conférence de presse.

source : http://www.localtis.info/servlet/ContentServer?c=artVeille&pagename=Localtis%2FartVeille%2FartVeille&cid=1211257880472

news : L'Anru et la Caisse des Dépôts lancent un appel à projets

L'Anru et la Caisse des Dépôts lancent un appel à projets
par C.V
publié le 20 mai 2008

L'Anru, associé à la Caisse des Dépôts, lance un appel à projets destiné à tous les maîtres d'ouvrages impliqués dans un projet de rénovation urbaine (ville, bailleurs sociaux, promoteurs privés...) dès lors que leur convention a été adoptée voire soumise au comité d'engagement de l'Agence nationale de rénovation urbaine. Les candidats devront mettre en lumière dans leur dossier "la mixité et la diversité sociale, la conception et la gestion durable des quartiers, la mobilité urbaine durable et une ville économe en ressources et aux modes de consommation responsables". Les dossiers doivent être déposés d'ici le 15 septembre à l'Anru.
Sélectionnés par un comité d'experts en décembre 2008, les huit lauréats recevront un prix lors des journées nationales d'échanges de février 2009. Un accompagnement en ingénierie et en formation avec une participation financière de la Caisse des Dépôts : qualification des équipes, conseils d'experts pour avancer sur le chemin du développement durable pourront leur être proposés. Un "Guide de la rénovation urbaine durable", coédité par l'Anru et la CDC, valorisera les projets des participants.

source : http://www.localtis.info/servlet/ContentServer?c=artVeille&pagename=Localtis%2FartVeille%2FartVeille&cid=1211257881413

21 mai 2008

Amara favorable à un "Anru 2"

La secrétaire d'Etat à la politique de la Ville Fadela Amara s'est déclarée aujourd'hui à Paris favorable à un prolongement du programme de rénovation urbaine au-delà de 2013 "pour continuer le travail déjà accompli" par l'Anru (Agence nationale de rénovation urbaine).

S'adressant à la presse après avoir rencontré une délégation de l'Association des Maires des Grandes Villes de France (AMGVF) sur la politique de la Ville, Fadela Amara s'est déclarée "favorable à un Anru 2 pour aller plus loin dans la rénovation urbaine et continuer le travail qui a déjà été fait". "Pour que les quartiers prioritaires redeviennent des quartiers populaires", a-t-elle ajouté.

Depuis qu'elle est opérationnelle - mars 2004-, l'Anru a engagé à l'horizon 2013 quelque 42 milliards d'euros pour des travaux de rénovation urbaine. Ces travaux concernent 530 quartiers jugés prioritaires et visent à l'amélioration du cadre de vie de 4 millions et demi d'habitants. "En 2013, on sera au milieu du gué, a-t-elle insisté, il faudra terminer le travail commencé".

Source : AFP

Le droit opposable au logement reconnu en justice

C'est une première juridique en France. Le tribunal administratif de Paris a reconnu mardi le droit opposable au logement (Dalo), créé par la loi du 5 mars 2007, au bénéfice d'une famille mal logée qui contestait le rejet de son dossier de demande de logement par la préfecture. Cette décision est appelée à faire jurisprudence.

Le juge des référés du tribunal administratif a suspendu l'avis défavorable émis le 3 mars par la commission de médiation de Paris à propos d'une demande de logement en priorité déposée par Namizata Fofana, une femme de 26 ans, qui élève seule deux enfants de 3 et 8 ans. "La situation de l'intéressée et de ses deux enfants [était] constitutive d'une urgence" et "aucun intérêt public ne s'opposait à ce que cette urgence soit retenue", a précisé le juge dans son ordonnance. Ce dernier a aussi ordonné un réexamen de la demande "dans un délai d'un mois".

Le tribunal administratif de Paris avait été saisi en urgence par l'association Droit au logement (DAL) et Namizata Fofana, qui vit depuis juin 2006 dans un centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) de la région parisienne. Toutes ses demandes de logement social ont été refusées depuis mars 2005. Or, en tant que parent isolé, son séjour en CHRS ne peut excéder 21 mois. Concrètement, Namizata Fofana et ses enfants devraient se retrouver "à la rue" le 9 juin.

Source : le point
Ségolène de Larquier



20 mai 2008

Des « classes dangereuses » à discipliner

Opérations policières à grand spectacle, inflation de la vidéosurveillance : à la veille des élections municipales françaises, les politiques publiques de lutte contre la délinquance prétendent « restaurer l’autorité ». Depuis 2001, au moins treize textes de loi ont renforcé l’arsenal juridique destiné à combattre l’« insécurité ». Les réformateurs sociaux, quant à eux, avaient compris dès la fin du XIXe siècle qu’un maintien durable de l’ordre impose l’amélioration des conditions d’existence.

Si l’on en juge par le nombre de candidats, de gauche comme de droite, qui ont axé leur campagne sur la mise en place de caméras de vidéosurveillance ou d’une police municipale, il semblerait que la « sécurité des biens et des personnes » occupe une place importante dans les élections municipales des 9 et 16 mars 2008. En la matière, c’est surtout sur le terrain de la « restauration de l’autorité » que les élus municipaux sont mis à contribution, notamment depuis la loi relative à la prévention de la délinquance du 5 mars 2007 (1). Au point que certains d’entre eux s’inquiètent du rôle de maire Fouettard que l’on veut leur faire endosser.

Depuis la fin des années 1990, la « crise de l’autorité » est en effet devenue un lieu commun pour expliquer les problèmes de violence ou de délinquance de la société française. C’est même l’un des thèmes favoris de M. Nicolas Sarkozy, qui déclarait en février 2007 : « A bas l’autorité ! C’était cela le programme de Mai 68. A bas l’autorité ! Le moment était venu de vivre sans contrainte et de jouir sans entrave. A bas l’autorité ! C’était, prétendaient-ils, la condition de la libération de l’homme aliéné par le travail, par la vie en société, par l’économie, par son éducation et même par sa famille. A bas l’autorité ! Cela voulait dire : l’obéissance de l’enfant à ses parents, c’est fini ! Démodé ! La supériorité du maître sur l’élève, c’est fini ! Ringard ! la soumission à la loi, c’est fini ! Dépassé ! le pouvoir de police, c’est fini ! Enfin ! (...) la morale, c’est fini ! (...), la politesse, la courtoisie, le respect pour la personne âgée, pour la femme ! C’est fini (2) ! » Il n’est pas le seul : M. Gérard Larcher, ministre délégué à l’emploi, au travail et à l’insertion professionnelle des jeunes du gouvernement Villepin, analysait les troubles d’octobre-novembre 2005 comme la conséquence d’une absence de repères liée à la polygamie des familles africaines. Et on ne compte plus le nombre d’intellectuels qui évoquent la « crise du modèle parental maghrébin (3) » et appellent la République à réapprendre à punir.

Généralement, ces visions oscillent entre une version conservatrice (l’incapacité des familles populaires et/ou migrantes à élever leurs enfants) et une version misérabiliste (les pères « humiliés » et donc démissionnaires). Mais elles convergent vers une nécessaire intervention des pouvoirs publics pour restaurer une autorité parentale dont le délitement serait responsable de bien des maux. Or aucune de ces approches ne permet réellement de comprendre quelles sont les conditions pratiques dans lesquelles cette autorité s’exerçait hier et s’exerce aujourd’hui.

Pendant longtemps, c’est bien davantage le travail non qualifié que l’action de leurs familles qui a discipliné les fractions les plus turbulentes des classes populaires. Pour les « blousons noirs », les « loubards », l’entrée à l’usine servait en effet de phase transitoire entre la « culture de rue » propre à leur sociabilité juvénile et une culture ouvrière qui allait devenir la leur. L’atelier, en intégrant largement les normes et les valeurs de ces jeunes, tout en posant une limite claire entre l’acceptable et l’inacceptable, a longtemps fonctionné comme une véritable institution de « normalisation ». Et ce d’autant plus qu’il offrait des possibilités de se projeter dans l’avenir. En effet, la prévisibilité qu’induisait le statut ouvrier permettait de fonder une famille, de faire des « projets », d’achats, de vacances, de logement, etc. En un mot, de « se ranger ».

Conflits de voisinage, débrouille quotidienne

Un des effets paradoxaux de la flexibilisation des statuts professionnels, de la montée de la précarité et de l’accroissement des inégalités économiques que l’on observe depuis le début des années 1980 est qu’elles réintroduisent de manière automatique, et sans doute inévitable, des formes d’indiscipline présentes dans les débuts de la révolution industrielle. En effet, l’indétermination quant à l’avenir enferme les individus dans un présent qui s’accommode de l’ensemble des occasions qui se présentent, licites ou pas.

Mais, à la différence du XIXe siècle, où cette situation était généralisée dans les milieux populaires, les désordres urbains, la petite délinquance ou plus généralement la « débrouille » quotidienne sont aujourd’hui d’autant plus mal perçus qu’ils matérialisent une césure entre les « vieux ouvriers » et les « jeunes sans affectation » scolaire ou professionnelle. Sous le double effet de leur vulnérabilisation sociale et de leur vieillissement, les premiers voient en effet s’affaiblir le contrôle qu’ils pouvaient exercer sur les seconds, même lorsque ceux-ci sont leurs propres enfants. L’occupation des espaces publics, les conflits de voisinage, la fréquence de comportements qui achoppent avec leurs propres normes du quartier leur rappellent à chaque instant ce renversement des rapports de forces. Tout cela provoque, selon les cas, des tentatives de départ du quartier, un repli sur l’espace domestique, voire des appels aux pouvoirs publics pour restaurer leur autorité.

C’est sur ce terrain que va se déployer le « tournant sécuritaire » des principaux partis de gouvernement, de droite comme de gauche. Confrontés à une augmentation des tensions au niveau local, prenant acte d’une érosion régulière de leurs résultats électoraux dans les milieux populaires et d’une croissance simultanée du Front national (au moins jusqu’à 2007), nombre de dirigeants politiques sont arrivés à la conclusion qu’ils ne pourraient « reconquérir » ces électorats que par un durcissement de leurs politiques de sécurité. Leurs analyses reposent sur le présupposé d’une « personnalité autoritaire » des classes populaires (4). Cette philosophie implicite suppose que ces dernières seraient plus fermées par rapport aux minorités avec lesquelles elles vivent, plus soumises à l’autorité et plus répressives que les autres groupes sociaux. Ces assertions ont été depuis longtemps invalidées par les sciences sociales, sans que cela interrompe leur réitération et nuise à leur impact politique. Il est en effet bien plus facile de croire que les milieux populaires demandent plus de fermeté envers les « délinquants », les « familles monoparentales » ou les « immigrés » que de penser les compétitions dans lesquelles ils sont engagés quotidiennement. Ce sont pourtant ces concurrences – sur le marché de l’emploi non qualifié, celui du logement social, des prestations familiales –, dans un contexte de précarisation généralisée, qui permettent de comprendre des tensions qui seront verbalisées sous des formes « racistes » ou « sécuritaires ».

De là les mesures qui renforcent le spectre des interventions policières, judiciaires ou morales. Non seulement la police et la justice doivent désormais réguler des comportements qui ne leur incombaient pas auparavant, mais l’« autorité parentale » est devenue un objet de politique publique. Des conseils « pour les droits et devoirs des familles » au chantage aux prestations sociales, il s’agit d’amener (ou de contraindre) les familles à juguler l’indiscipline de leurs enfants.

Or ce nouveau paternalisme autoritaire mérite attention. Il y a plus d’un siècle, la révolution industrielle posa en effet des problèmes similaires. L’exode rural important, la concentration physique dans les villes de travailleurs déracinés détruisirent les formes traditionnelles de contrôle, basées sur la proximité et la personnalisation de l’autorité. Les principales préoccupations des élites politiques et sociales furent donc de créer une discipline au travail ainsi que d’essayer d’enrayer simultanément les désorganisations générées par le développement économique (surpopulation des villes, délinquance, alcoolisme, etc.) et la montée des revendications socialistes soucieuses de bouleverser l’ordre social.

Il s’agissait d’abord de faire en sorte que les ouvriers viennent travailler. Cette question inséparablement pratique et morale est au fondement des campagnes contre l’alcoolisme, qui en Angleterre déboucheront sur la fermeture des pubs à partir de 23 heures, ou en France sur la prohibition de l’absinthe et la construction médico-morale de sa dangerosité. Mais il fallait également s’assurer qu’ils travaillent correctement. Le contrôle des temps et des rythmes de travail a été l’un des vecteurs majeurs pour encadrer les conduites non seulement dans l’usine, mais aussi à l’extérieur (5). Il fallait fixer la main-d’œuvre qualifiée, restreindre au maximum l’oisiveté (« mère de tous les vices ») et l’imprévoyance liées à l’intermittence du travail. De là toutes les tentatives de limiter la mobilité des ouvriers, soit de manière coercitive (c’est le cas de l’instauration du livret ouvrier), soit en s’engageant sur le long terme (les contrats à durée indéterminée correspondent à ce cas de figure). L’octroi de ces statuts, introduisant pour la première fois une prévisibilité dans le monde ouvrier, contribua à discipliner leurs conduites, d’autant plus qu’ils étaient adossés au développement de politiques sociales.

Pour nombre de réformateurs sociaux, ces dernières apparurent comme un instrument privilégié d’acquisition d’habitudes « morales » – avant tout la responsabilité et la « prévoyance » – pour les classes populaires, qu’ils reliaient à l’amélioration de la justice sociale (6). Comme l’indiquait Jules Siegfried (1837-1922), en préfigurant les premiers logements sociaux : « Voulons-nous faire à la fois des gens heureux et de vrais conservateurs ; voulons-nous combattre en même temps la misère et les erreurs socialistes ; voulons-nous augmenter les garanties d’ordre, de moralité, de modération politique et sociale ? Créons des cités ouvrières (7) ! »

Cette double dimension d’amélioration des conditions de vie et de maintien de l’ordre social explique le succès des politiques sociales, renforcé après la seconde guerre mondiale par la montée du dirigisme d’Etat, par l’existence d’un mouvement ouvrier fort et structuré, et par la croissance économique encadrée par les gouvernements.

Nous n’en sommes plus là. La crise économique, les mutations du capitalisme postfordiste adossées aux programmes de réforme libérale de l’Etat ont largement redéfini, sans doute sans le vouloir, les conditions de cette discipline. Et, de la même manière que les réformateurs sociaux du XIXe siècle essayaient d’asseoir un nouvel ordre social, les réformateurs sécuritaires du début du XXIe siècle recherchent dans l’extension de l’intervention policière, judiciaire et du contrôle, les moyens de contrarier les effets des dérégulations multiples qui affectent les classes populaires. Théorie de la « vitre brisée (8) », couvre-feux pour les mineurs, vidéosurveillance, arrêtés antimendicité, mais aussi responsabilisation des parents, ne sont rien d’autre que des exemples de ces nouvelles technologies de gouvernement dont on attend qu’elles garantissent une paix sociale.

Or il est peu probable que ces types de discipline puissent fonctionner. On sait depuis Max Weber que l’assise de l’autorité est proportionnelle à sa légitimité auprès de ceux sur lesquels elle s’exerce, c’est-à-dire aux contreparties qu’elle est capable de leur procurer (9). Il semble donc un peu vain d’attendre de ces technologies qu’elles garantissent l’ordre, simplement en exacerbant les différences entre « bons » et « mauvais » citoyens, et en insistant sur la « responsabilité individuelle » de chacun.

Au contraire, tensions et désordres résultent directement des contradictions inscrites au cœur même des modèles de développement qui ont étés choisis depuis une trentaine d’années. Contradictions dans lesquelles les efforts des uns pour assurer l’ordre sont détruits par l’organisation du désordre des existences voulu par d’autres. Insécurité physique et insécurité existentielle sont indissociables. En d’autres termes, c’est à partir d’une réflexion sur les conditions nouvelles d’existence des classes populaires que l’on peut se donner les moyens d’instaurer un ordre social plus harmonieux, et sûrement pas en jouant du spectre de la perte d’autorité, vieille figure imposée de la rhétorique conservatrice. Mais, malgré les similitudes, ce n’est pas M. Sarkozy qui proclamait : « Notre jeunesse est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect envers les anciens. Nos enfants aujourd’hui ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler », mais le philosophe grec Socrate, au Ve siècle avant notre ère...

Laurent Bonelli.

Membre du Groupe d’analyse politique de l’université Paris-X (Nanterre).

source : le monde diplomatique